Série à choix multiples


17 minutes

Je viens de voir un épisode de la série Travelers, et bien que cette série ne soit pas un monument télévisuel, elle suscite quelques réflexions intéressantes.

L'épisode 17 Minutes (Saison 2 épisode 7) est particulier du point de vue de la narration et donne des pistes d'écriture pour de la fiction interactive.


Capture d'écran de la série Travelers

Synopsis

Je ne veux pas vous spoiler le scénario et l'exercice du pitch est toujours un peu compliqué pour ce registre de série SF. Pour résumer, la série parle de voyages temporels, de possessions de corps et de mondes à sauver. Rien de bien nouveau mais la série se laisse regarder.


Deus Ex Machina

Dans l'histoire, un entité nommée le Directeur reprogramme depuis le futur la personnalité de gens de notre époque. Peu avant leur mort présumée, le Directeur envoie l'esprit d'un voyageur temporel (Travelers) et celui-ci prend possession du corps hôte avant ses derniers instant de vie. C'est assez pratique pour envoyer ses agents changer le cours du temps et ainsi modifier le futur.


Essai non concluant

Game over

Evénement classique dans beaucoup de série, on assiste dans 17 Minutes à une mise à mort subite et brutale des protagonistes. Et là, on se dit : "Non, c'est pas possible, ce sont les héros, ils ne peuvent pas tous mourir!"

Plusieurs choix s'offrent à nous. On sait que la série ne va pas s'arrêter ici, donc on échafaude les options pour la suite.

  • Option 1 : Version Games of thrones : Ben si, en fait les héros sont dead. Finito. Caput.

  • Option 2 : Version Total Recall : Mais non... c'était un rêve ou une projection de l'imagination débordante du héros.

  • Option 3 : Version The Others ou 6ième sens = Ce n'est qu'un aperçu du purgatoire, rien n'est réel.

  • Option 4 : Version The Game : Tout ça n'est une vaste blague et on est tous des acteurs payés par la prod. C'est pas du sang, c'est du ketchup.

  • Option 5 : Version Prémonitions, Heroes (la série) : Les super pouvoir c'est quand même super pratique pour tout prévoir.

  • Option 6 : Version Terminator ou 12 monkeys (la série) : Un petit reset du passé et hop, c'est comme si de rien n'était.

  • Option 7 : Version Un jour sans fin ou Edge of tomorrow : Game over. Insert coin. Play again.


Et je pense que j'oublie des possibles tant ce type d'événement est un incontournable des séries et des films. Ne serait-ce que l'utilisation des boucles temporelles dans des œuvres de fiction et on pourrait faire un autre article exclusivement sur le sujet (Déjà Vu, Source code, Il était temps, Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, la série Fringe (épisode white tulip) ou le livre Replay de Ken Grimwood...)


Ici, dans cette épisode de Travelers, c'est plutôt un mélange de l'option 6 et 7.


Narration linéaire VS fiction interactive

L'épisode 17 Minutes change un peu la donne, puisque pour une fois, la narration se place du point de vue du Directeur. Après la première mort des héros, on voit un écran de contrôle.

Mission = FAIL

Status = RETRY


Et on comprend enfin ce que l'on voit : ce sont les multiples itérations du programme pour parvenir à une fin satisfaisante. 17 minutes pour parvenir à éloigner les héros d'une mort certaine.

Le Directeur tente tous les choix possibles pour obtenir le bon cheminement. A chaque fois, il transfert un traveller dans un corps hôte, essaye d'éviter les obstacles, arrive presque à les sauver.

Mission = FAIL

Status = RETRY


On revit la scène sous d'autres angles, on explore les détails, on s'imagine toutes les possibilités. Bref, on est clairement sous l'angle d'une fiction interactive. Quelle est la séquence parfaite qui permettra d'aboutir à la fin de l'épisode?

Mission = SUCCESS


Choix du narrateur

Ce que j'ai retenu de cet épisode (et cela ravive de vieilles idées), c'est la position du narrateur. Plutôt que d'être dans le classique Vous que l'on retrouve dans les Livres Dont Vous Etes Le Héros, l'idée d'incarner un narrateur omniscient est plutôt alléchante.


La fiction interactive propose souvent d'incarner un personnage et de choisir ses actions. On est limité à une vue subjective et on interagit uniquement par ce biais.


Et si les choix s'opéraient de façon plus globale? Si au lieu d'un personnage unique, on pouvait décider de tout l'environnement (de la même façon que pourraient agir une entité supérieure, un dieu, une IA ou le Directeur...).

Modifier un détail de l'histoire, et changer le cours du temps. Découvrir de nouvelles options, tenter la meilleure séquence. En somme, paramétrer les variables qui construisent le récit.


Le cours des choses

J'imagine bien une mécanique de récit digne d'un Fischli and Weiss, ponctué de réaction en chaîne où il faut placer les bons éléments pour que l'histoire se dirige dans un sens précis.

The Way Things Go, 1987. Color video, transferred from 16 mm film, with sound, 30 min. Solomon R. Guggenheim Museum



On retrouve déjà cette méthode dans différents gameplay de jeu vidéo mais croyez-le ou non, cela m'ouvre des perspectives pour une création dans Celestory!


A voir si j'aurais le temps de m'y consacrer.

Mission = FAIL

Status = RETRY


Bon ok, je m'y mets tout de suite!

Mission = SUCCESS



Pour aller plus loin sur la notion des rêves dans le cinéma, je vous invite à lire cet article :

Les rêves en trompe-l’œil. Leçon ou expérience ?





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