La difficulté de l'illustration (Cas pratique)

Pour la création de l'histoire du concours Escape Jam, je me suis confronté à une difficulté récurrente dans la création d'une fiction interactive : celle d'une illustration adaptée à mes besoins.

Je ne parle pas ici d'une jolie illustration, celle à laquelle on aspire en bavant sur les dessins de Frazetta, non, ce n'est pas exactement le problème. Evidemment, si on a les skills pour faire tout ce que l'on veut en dessin, la question ne se pose pas vraiment...


La difficulté dont je parle se situe sur la capacité de l'illustration de coller autant à la narration qu'aux contraintes techniques.




Cas pratique : Baeterra 1209, (Escape JAM #01)

Le contexte? Un Escape médiéval.

La scène : un réseau souterrain de l'époque romaine.


J'ai en tête un documentaire sur les infrastructures romaines, notamment celles du réseau d'eau de Paris, composé d'un labyrinthe de canaux souterrains, de voutes et d'arches à l'ambiance mystique.

Puis, avec le co-auteur de la fiction (Albumine), on tisse une intrigue, on trouve des mécanismes et on précise un peu la scène. Il nous faut une rivière comme obstacle à la progression, des zones qui ressemblent à des quais de chaque côté de la rivière, une architecture romaine... On dessine une vue de haut, on place rapidement les éléments et on valide tout ça. Il faut avancer : la fin de l'escape jam arrive à grand pas.


https://subterranologie.com/eau
Subterranologie Melvin Lefevre

Recherche d'images

Je regarde un peu sur internet en imaginant naïvement que je vais trouver rapidement une image qui correspond. Quelques heures après, je m'avoue vaincu. Même si je retravaille les images, que je fais un montage photo ou un dessin d'après les photos, cela ne cadrera pas avec ce que j'ai en tête. Il faut aussi que je trouve des images libres de droit, ce qui limite les choses. J'ai trouvé des images magnifiques, qui même si elles ne correspondent pas, ont au moins une belle qualité esthétique. De belles photos d'Urbex comme on peut en trouver sur le site de subterranologie. C'est beau, ça donne envie de faire de l'exploration mais cela ne correspond pas à l'histoire et il manque les droits pour les utiliser dans un projet.


Créer son image de A à Z

Les images que je trouve sur internet induisent de fausses informations pour l'histoire. Si, sur la photo, on voit clairement que l'on peut traverser la rivière, ce sera difficile de faire croire que celle-ci est infranchissable.

Je me dis alors que ce sera plus simple de dessiner ce que j'ai en tête. Je commence par un croquis rapide pour évaluer si ça peut fonctionner. Je me laisse rapidement prendre au jeu (et finalement je passe pas mal de temps à faire cette étape qui n'aurait du n'être qu'un brouillon).


Loin d'être esthétique, cette image a l'avantage d'être pratique. Elle contient toutes les zones utiles et correspond à ce que je veux exprimer. Après réflexion, maintenant je ferais directement un dessin plus élaboré, avec une perspective digne de ce nom et un cadrage moins bancal.

Je m'amuse un peu sur les textures, et je me dis que faute de temps, cette illustration fera le job. Le style permet de ne pas perdre trop de temps et laisse une place à l'approximation.



Statut de l'image

Après moults échanges avec Albumine, le co-auteur, je concède qu'il y a pas mal de problèmes avec cette image.

La colonne du milieu doit donner l'impression qu'elle peut s'effondrer et qu'elle est retenu par un arbre. Il manque des informations importantes. Bref, si elle doit devenir un élément d'aide pour l'histoire, ce n'est plus une simple illustration.


Son statut vient de changer. Elle ne sert plus à alléger les pavés de textes ou à donner une ambiance, c'est désormais une information essentielle à l'histoire. C'est là que cela devient compliqué. Réunir toutes les infos en un seul point de vue sans faire de schéma ou de vues multiples, on est vite réduit à un dessin sans âme et on perd l'ambiance.


Image interactive

Comme si cela ne suffisait pas, Albumine propose de faire de cette image un bloc de zones cliquables dans Celestory. C'est une bonne idée mais cela rajoute une couche dans le niveau de difficulté!

Il faut prendre en compte les contraintes de la fiction interactive. La proportion de l'image n'est pas adaptée (Et à l'heure actuelle, je n'ai pas trouvé de solution à moins de tout refaire...). Il faut que je rajoute d'autres éléments qui doivent rester lisibles dans le peu de place qui me reste.

Par chance, la composition basique de l'image s'adapte à la forme rectangulaire des zones cliquables de Celestory.


Je laisse tomber mes ardeurs esthétiques et je peaufine une image plus adaptée.


Conclusion

Contrairement à beaucoup d'illustrations qui peuvent même se permettre de ne pas être en accord avec le récit, les images d'une fiction interactive sont bien plus complexes à élaborer. Il faut prendre en compte beaucoup de contraintes qui en font un défi particulièrement dur à relever. Tout est une question de maîtrise et de choix mais même avec des talents d'illustrateurs hors norme, une image ne peut pas tout représenter. Etre informative et esthétique, c'est déjà compliqué.

S'imposer trop de détails à illustrer, cela limite la liberté d'expression et la créativité.

Tout se résume à une grosse contrainte de temps : est-ce possible de faire tout ça dans un temps raisonnable?


J'ai finalement beaucoup appris avec cette image. Cela me donne des pistes de réflexion pour composer autrement la narration, avec de multiples détails plutôt qu'une seule image par exemple. Il me faut encore travailler les techniques d'illustration et gagner en productivité. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut que je m'enlève cette idée que je ne fais qu'un brouillon, autant partir sur une base plus saine et ne pas essayer d'améliorer un dessin qui n'en vaut pas le coût!



Quelques étapes de la construction de l'image :



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